Les Ambassadeurs – Tableau de Hans Holbein

- Artiste Peintre Yannick Le Quilleuc - Hans Holbein-Les Ambassadeurs

Ce tableau est du peintre allemand Hans Holbein (1497-1543) peintre officiel d’Henri VIII à la cour d’Angleterre.
Ce tableau “les Ambassadeurs”, résume par ses symboles les idées de la Renaissance qui se sont affirmées en Europe. C’est l’occasion de parcourir cette période unique qui place l’humanisme au cœur de la pensée et la de la culture européenne.

Un espace de signes et de symboles

Ce tableau peint à l’huile sur panneau de bois est exposé à Londres à la National Gallery – London, Le tableau représente deux personnages : Jean de Dinteville (un laïc, en “robe courte”, représentant le pouvoir politique) et Georges de Selve (l’évêque , en “robe longue”, représentant le pouvoir religieux). Entre les deux ambassadeurs figure une série d’objets, souvent présents dans les tableaux de la Renaissance, comme des symboles de la puissance, de la richesse et de la connaissance scientifique. Le tableau fut commandé à Holbein par Dinteville.

Un jeu de piste symbolique passionnant

Le diable étant dans les détails, vous pouvez zoomer d’un clic sur toutes les images qui révèlent des objets, des signes et des symboles qui sont les indices d’un jeu de piste passionnant qui va révéler une synthèse des acquis de l’humanisme à ce moment historique de la Renaissance.

Hans Holbein autoportrait - Les Ambassadeurs

Autoportrait de Hans Holbein (1542)

Trajectoire historique, culturelle et religieuse de Hans Holbein

La trajectoire historique, culturelle et religieuse de Hans Holbein transparaît dans le tableau “Les Ambassadeurs”.
Hans Holbein nait et grandit à Augsbourg, place de commerce internationale de l’Allemagne du Sud, particulièrement perméable aux idées de la Renaissance. À 18 ans, il part pour la Suisse est s’y installe vers 1520 comme graveur sur bois et décorateur il devient également rapidement un portraitiste hors pair. Son portrait d‘Érasme peu après l’arrivée du grand humaniste à Bâle donne une image remarquable d’un des acteurs majeurs de la Renaissance, À la fois secret et imposant, ce docteur en humanités possède l‘autorité intellectuelle autrefois réservée aux docteurs de l’Église.

En 1523-1524, Hans Holbein prend son essor et part pour la France, vraisemblablement dans l’intention de proposer ses services À François Ier. Deux ans plus tard lorsque Bâle est ébranlée par la crise de la Réforme, il se rend en Angleterre avec l’espoir de pouvoir travailler À la cour de Henry VII. Érasme le recommande à Thomas More en ces termes “Ici, à Bâle, les arts sont mal considérés… ”. À son retour en 1528, il peut acheter une maison pour sa famille. Bâle devenue une ville protestante fanatique, était alors secouée par des émeutes iconoclastes ; aussi malgré les supplications du Conseil de la ville, Holbein regagne Londres en 1532. Il reviendra une seule fois à Bâle, en 1538 lors d’un voyage sur le continent en qualité de peintre de la cour d’Henri VIII. Le même Conseil fit une dernière tentative pour le garder mais pour Holbein, À présent connu dans l‘Europe entière, Bâle était trop provinciale. La figure hiératique qui s’exprime par une représentation frontale que l’on retrouve dans le tableau du roi Henri VIII en 1540 était déjà exprimée dans celui des Ambassadeurs, avec plus de décontraction. On peut imaginer que Holbein ait pu rencontrer François Clouet qui réalisa le portrait de François Ier en 1525-1530.

Hans Holbein - portrait d’Henry VIII - Les ambassadeurs

Portrait du roi Henry VIII par Hans Holbein (1540)

Deux jeunes ambassadeurs

Tout d’abord, l’âge des deux personnages ; l’inscription gravée sur le poignard de Dinteville ainsi que la tranche du la tranche du livre sur lequel Selve repose son bras indiquent qu’ils sont respectivement dans leurs 29ème et 25ème années.

La main droite de Dinteville s’appuyant sur son poignard.

L’inscription gravée sur le poignard de Dinteville

L’inscription gravée sur le poignard de Dinteville.
“ÆT. SVÆ 29”, est l’abréviation du latin “ætatis suæ 29” : “Son âge est 29”.

L’âge (25 ans), sur le livre sur lequel Georges Selve repose son bras.

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Le médaillon du collier

Le médaillon du collier

Le collier que porte Jean de Dinteville, et dont la médaille représente l'archange Saint Michel terrassant de sa lance le dragon gisant au sol, est l'insigne de l'ordre de Saint-Michel, la plus haute des distinctions de la chevalerie.

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La broche du béret

La broche du béret

La broche qui orne le béret de Jean de Dinteville, représentant un crâne, évoque sa devise personnelle, Memento mori (Souviens-toi de la mort), qui rappelle la vanité de la vie humaine.

Survolez ou cliquez sur les indices de l’identité de Jean de Dinteville,

Les objets mis en scène pour le décor

UN TAPIS SYMBOLE DE RICHESSE
tapis du tableau de Hans Holbein “Les Ambassadeurs”
Un tapis symbole de richesse

Les tapis n’étaient pas seulement fabriqués par les célèbres tisserands du nord de l’Europe. Mentionné par Marco Polo au XIIème siècle, de nombreux tapis et produits de tapis étaient exportés aux XIIIème etXIVème siècles d’ Azerbaïdjan vers les cours européennes.
Les magnifiques motifs géométriques et décoratifs de cet artisanat ont attiré l’attention de célèbres artistes européens et ont été représenté dans leurs œuvres comme symbole de richesse.
Hans Holbein a intégré un tapis de style “Gazakh” dans la composition du tableau “Les Ambassadeurs”.
Au XVème siècle, en plein essor de la Renaissance italienne, l’artiste vénitien Carlo Crivelli a déjà immortalisé un tapis de style “Ganja” dans sa peinture “L’Annonciation avec Saint Emidius”, Jan Van Eyck a également utilisé un tapis de style “Shirvan” dans son œuvre “La Vierge au chanoine Van der Paele”.

La Vierge au chanoine Van der Paele – Jan Van Eyck
Tableau réalisé à Bruges en 1436 au siècle précédent. On y trouve déjà un tapis azerbaidjanais de style “Chirvan”.

L’Annonciation avec Saint Emidius Carlo Crivelli

L’Annonciation avec Saint Emidius – Carlo Crivelli
Tableau réalisé à Venise en 1486. On y trouve déjà un tapis azerbaidjanais de style “Ganja” sur le balcon à coté du paon.

tapis du tableau de Hans Holbein “Les Ambassadeurs”

Le Commerce des tapis venant d’Azerbaïdjan est florissant en Europe depuis la fin du moyen-âge.
A remarquer les extraordinaires tissages sacoches de transports réalisées avec les motifs géométriques des tapis qu’elles contiennent
– Heydar Aliyev Center – Bakou

La Vierge et l'Enfant avec la famille du bourgmestre Meyer

La Vierge et l’Enfant avec la famille du bourgmestre Meyer – Hans Holbein
Réalisé à Bâle entre 1526 et 1528 à Bâle, ce tableau est considéré comme l’œuvre maitresse de Hans Holbein. On y trouve déjà un tapis azerbaidjanais de style “Chirvan”, qui, dans la composition du tableau, fait jouer la perspective du premier plan avec un pli “inopportun” du tapis qui annonce les virtuosités des divers plis et replis qui animent les vêtements des personnages.

Les objets mis en scène pour le décor

LE CARRELAGE EN MOSAÏQUE
Le carrelage en mosaïque

Le carrelage en mosaïque du tableau est largement inspiré du pavement mosaïque médiéval placé au pied de l’autel de l’Abbaye de Westminster, lieu cérémoniel par excellence. L’abbaye du sacrement du roi n’est pas sans rapport avec le destin d’Henry VIII, qui, à ce moment révélé par les instruments gnomoniques disposés dans le tableau, est le futur chef suprême de l’Eglise d’Angleterre.

Le sol en mosaïque de l’Abbaye de Westminster (appelée mosaïque de Cosmati) qui inspire l’appareillage de la mosaïque du sol du tableau des Ambassadeurs.

Le sol en mosaïque de l’Abbaye de Westminster (appelée mosaïque de Cosmati)

Plan de la mosaïque de Cosmati de l’Abbaye de Westminster

Le cadran de berger

Le terme “technologies ” est anachronique pour l’époque de la Renaissance. Cependant, ce tableau rassemble les objets/outils les plus sophistiqués que l’on puisse découvrir dans les domaines de l’astronomie scientifique imprégnée de la symbolique de l’astrologie.

La date historique du jour est un indice majeur dans notre jeu de piste, et il est possible de la calculer sur le cadran cylindrique de la tablette supérieure : il est intéressant de savoir qu’il s’agit du vendredi saint, le 11 avril 1533, et que l’heure indiquée s’approche de 16 h 00. Le tableau s’inscrit donc dans un temps précis, celui du moment historique du proche avènement d’Henri VIII comme chef de l’Église anglicane. Ce cadran cylindrique est un des nombreux éléments de la gnomonique présents dans le tableau. Cet cadran solaire portatif est aussi appelé communément cadran de berger.

Les signes du zodiaque : astronomie et astrologie

Le cylindre du cadran du berger est gravé et illustré par les signes du zodiaque avec des courbes graduées, ainsi que l’indication des mois. La position du gnomon est d’une grande importance, car elle indique que la date du jour qu’elle révèle est le 11 avril 1533, et se trouve confirmé par le torquet et l’ombre projetée sur le carrelage. Là encore, Holbein laisse des indices sur toutes les influences qu’il met en scène, astronomie et imprégnation de l’astrologie que nous découvrons dans la suite de notre découverte.

Un autre tableau de Holbein, réalisé 5 ans plus tôt en 1528, représente son ami, Nicolaus Kratzer, “cadranier” officiel auprès du roi Henry VIII en tant qu’astronome et horloger du roi. On peut remarquer que certains des objets sont repris dans la toile “Les Ambassadeurs” dont le cadran de berger (en haut à gauche du tableau).

Les technologies de la Renaissance

ASTRONOMIE : LE TORQUET
Le torquet

Le torquet est un instrument de mesure astronomique conçu pour prendre et convertir des mesures faites dans trois ensembles de coordonnées : horizontal, équatorial, et écliptique. Le torquet permettait de calculer la position de corps célestes et de fixer l’heure et la date. Comme le cadran de berger, il indique le jour du 11avril 1533.

Gravure descriptive d’un torquet

Les technologies de la Renaissance

ASTRONOMIE : LE GLOBE TERRESTRE
Le Globe terrestre

un globe céleste, coiffé d’un cadran circulaire, montre les constellations avec les dessins des créatures mythologiques correspondantes, issues du zodiaque ou des trente-six figures de Ptolémée.

Le globe n’est pas réglé pour représenter le ciel à la latitude de 51° 30′ qui est celle de Londres où se trouvent les deux ambassadeurs, mais pour une latitude comprise entre 42° et 43° plus caractéristique de l’Espagne — une partie de l’empire de Charles Quint — ou de l’Italie où réside le pape. Il s’agit d’une valeur très proche de la latitude de Rome (41° 52′), ce qui peut rappeler les différents politiques et religieux entre la cour anglaise et le Vatican.

On trouve encore ici la superposition de l’astronomie scientifique et de la symbolique de l’astrologie.

SECTION EN COURS D’ÉCRITURE – Et ce n’est pas fini, je poursuis l’enquête !!! à suivre…

Galerie Hans Holbein

Christina du Danemark

Cette jeune femme élégante est Christina du Danemark, la plus jeune fille du roi chrétien du Danemark. En 1538, le roi Henry VIII d’Angleterre cherchait une quatrième épouse, après la mort de Jane Seymour l’année dernière. En tant qu’artiste officiel d’Henry, Holbein a été envoyé à Bruxelles pour capturer la ressemblance de Christina, âgée de 16 ans. Il a été enregistré que Holbein assis avec Christina n’a duré que de 1 h à 4 h le 12 mars 1538. C ‘ est à ce moment qu’il a fait une série de croquis à utiliser pour le portrait peint. L ‘ image semblait tellement réjouir Henry qu’on lui a dit qu’il était ′′ en meilleure humeur que jamais, faisant jouer les musiciens sur leurs instruments toute la journée Bien que leurs négociations sur le mariage aient échoué, Henry a gardé le portrait de Christina jusqu’à sa mort en 1547. Regardez de plus près ce travail conservé à la National Gallery à Londres : https://bit.ly/2LGcfRU